mercredi 1 juillet 2009

Questions pratiques

Au commencement était le monde, plein de bestioles. Puis vinrent l'homme et la femme. Et avec eux, un sans-fin de gosses, sous couvert de perpétuation de l'espèce.

Chaque société a ses couches. Aujourd'hui, en occident, les couches en coton écologique, lavables et réutilisables, échouent à rivaliser avec les Pampers et autres consorts jetables. Toujours la même histoire. Ca commence à sentir, signe que l'heureux bénéficiaire de la couche a commis le délit attendu. Quelqu'un se dévoue. Un coup de lingette, une autre couche toute propre, et c'est reparti pour un tour.

En Chine, la pratique de la chose est tout autre. Il y a de la fente de long en large. De la fesse qui pointe le bout de son nez par ci par là. Concrètement? Les pantalons des bambins sont, à 99%, largement fendus sur l'arrière. Version très aérée du sans culotte révolutionnaire. La mouche des décolletés de la Renaissance explore l'autre côté des choses, celui qui dévoile la couille et la fesse à l'air.



Mouche en embuscade sur la fesse gauche, pantalon pratique et fonctionnel à l'heure d'aller faire la commission. Beaucoup de gamins ont les fesses qui pointent le bout du nez par leur pantalon fendu.
Wuhan - Automne 2008


Alors, quand l'envie-de arrive, rien de plus simple. Le môme, qui initialement ne dépasse que de peu le ras des pâquerettes, lâche son chargement au gré des envies, sous le regard attentif des instances supérieures. Le derrière pratique des choses.



Et un pipi, un.
Pékin, un quartier très pauvre, à quelques 500 mètres de l'ambassade des Etats-Unis, peut-être déjà détruit à l'heure qu'il est - Mai 2009





Quoi, tu veux ma photo?
Pékin, Tuanjie Hu - Mai 2009

mercredi 3 juin 2009

Sois belle, ne te ressemble pas

Cinq heures et demie. Meimei sort tout juste de son dernier cours – du français. Meimei, enfouie dans son uniforme-survêtement bleu électrique et informe, du haut de ses seize ans, est complètement fleur bleue. Et les Français, dans l'imaginaire chinois, ont une réputation de romantiques.


L'aura positive de la "French touch" se retrouve dans les domaines les plus divers.
Là, un gond de porte, estampillé d'une prestigieuse marque française, gage bien sûr d'une qualité incomparable.
Pékin, une boutique de bricolage de Chaoyang, février 2009.


Bizarrement, Meimei a donc voulu apprendre le français.

En fleur bleue qui prend soin d'elle, pas question pour Meimei de se laisser ressembler à sa grand-mère, vieille chinoise édentée qui trotte tranquillement de jour en jour, et se laisse lentement courber par le poids des ans. Pourtant elle l'aime bien, sa grand-mère. Elle lui donne pour étrennes, au nouvel an lunaire, un beau billet tout rouge de cent yuans. La plus grosse coupure qu'on puisse trouver, juste pour Meimei, rien à partager ni mettre de côté: beaucoup d'argent, d'un coup d'un seul.

Mais depuis deux ans, Meimei sait très bien quoi en faire. Elle veut à tout prix ressembler à ces occidentales si belles, aux larges yeux, au front haut, au long nez et à la peau pâle: la représentation typique de l'occident dans l'imaginaire chinois, à tel point qu'un certain chauffeur de taxi a avoué être incapable de distinguer un occidental d'un autre occidental, qu'ils soient beaux ou moches, gros ou maigres, ils se ressemblent tous dans son regard.

En 2007, c'était pour du savon. Pas n'importe quel savon. Du savon blanchissant.


Ils sont légion, les produits blanchissants. Mousses, nettoyants, masques, baumes, lotions, crèmes, laits, les déclinaisons sont multiples, le but ultime étant de blanchir la peau.
Ici, savon à la papaye: "Papaye peau blanche" (traduction littérale)



Parce qu'en Chine, on n'est pas juste jaune. Les rues chinoises sont un camaïeu de nuances de peau. La culture et le soleil font que plus blanc est le teint, plus élevé est censé être le statut social.
Cette idée remonte loin dans le passé: les personnes aisées n'exercaient pas un travail physique, et "donc" n'avaient pas à s'exposer au soleil pour gagner leur vie. Elles cultivaient leur teint pâle. Ou bien porcelaineux, laiteux, parfois même cadavérique, ou encore rose bébé. Suivant les gens.
Aux antipodes, les pauvres, les travailleurs de force, ceux que le labeur quotidien marque et use profondément. Ceux là avaient la peau brune, où rigolent des rides prématurées pour leur âge: pour gagner leur bol de riz quotidien, ils s'usent et se brûlent littéralement. Aujourd'hui encore, ils sont des milliers à vivre avec une dizaine de yuans par jour, de un à deux euros suivant l'humeur des cours. Et la séduction de l'occident est venue s'ajouter à cette première règle de la couleur: caricaturalement, la beauté occidentale a la peau pâle.


Gare du Nord de Pékin (Beijing beizhan) - Janvier 2009


Alors Meimei, avec son savon blanchissant de 2007, voulait éviter toute ressemblance à sa grand-mère, flétrie comme un raisin sec, brune et usée.


Une petite vieille vendeuse qui lit son quotidien
Dalian - Mars 2009



Cette année 2008, elle avait plus de fonds que de coutume pour son investissement "beauté". Elle allait pouvoir se décolorer les cheveux. Extraordinaire. Elle aurait de la paille en lieu et place de sa belle chevelure noire. Le must, juste au même niveau que les lentilles bleues, vertes, ou marron. N'importe quelle couleur, pourvu que ce ne soit pas noir. Car pour être belle, en Chine, trop de jeunes chinoises croient qu'il faut qu'elles ressemblent au rype occidental. Triste? Mais vrai.


Une jeune Chinoise: vraie fausse Occidentale.
Pékin - Janvier 2009


Les foules sont parsemées de têtes décolorées, cheveux brûlés, nuance allant du orange-perruque de clown au jaune-paille-sèche. Parfois la couleur originelle de leurs iris est cachée sous le bleu, le vert, ou le marron clair de ces lentilles de contact portées juste pour l'esthétique. Regard hypnotique et artificiel, pas de nuance naturelle qui ne tienne. Il faut ressembler au (stéréo)type occidental, coûte que coûte, à coups de savon décolorant, de péroxyde et d'artifices insoupçonnés en Europe, d'une créativité effrayante. Et on se débride les yeux à coups de scalpel, on porte des jupes larges comme des ceintures. Au carrefour des cultures, il n'y a pas que la richesse et l'échange, il y a la dénaturalisation.

Meimei va demain chez le coiffeur. Au passage elle se fera permanenter les cheveux: elle veut des boucles, une cascade de rouleaux, comme à la télé.

De belles anglaises, quoi.

lundi 20 avril 2009

Foolish Laowai

Xiaonei (小内) didn't know, but he would never be able to read. He would barely be able to write the average amount of words required to make his way through the shabby life he would have. Would he? Who knows. But fact is that he was somehow locked up to an invisible life road, the one of those who do not have enough money to be capable of stopping thinking of it.

His mind was simple, spread with seeds of unexpanded potentials. They would never grow on the ground of poverty.





Blue got lost, successfully to his attempt of breaking up with usual daily habits. He never managed to be a creature of routine. So there he arrived, some unrealistic place, dusty and dirty. A piece of shit hazardously dropped in the middle of two groups of business towers, close, so close to the CBD and the US Embassy. The kind of place the "authority" is reluctant to accept, show, and accept being shown. Surprisingly, the place was to be destroyed quickly, next May.

He walked trough the would-be streets, far more smelly than smelly doufu (臭豆腐), far more messy than yangza (羊杂). Children would stare at him. Grown ups would, too. The thing is grown ups usually unsuccessfully tried not to show it, as soon as they realized they started to stare at the foreigner. Wide pale eyes, pale skin, high nose, fair hair. Generic description and appearance of a laowai in the eyes of a laonei. But children openly showed themselves watching. "Eeeeeeh wazzzzat'? OMG this ain't chinese, bleeeeeh! What's wrong with his blue sky-coloured eyes? Shit, foreigner, foreigner, foreigner sail-ho!"

And one raised his hand to his eye, over-openning it: "Heyyy, looka-looka, your eyes are tainted with sky, where the hell are you from, uh?"


Clic.

mardi 14 avril 2009

The Unwanted Doggy Bag

Le doggy bag, en Chine, est un usage qui fait partie des moeurs de tous les chinois, indifféremment de tout critère ethnique, social, économique, religieux. Qu'il s'agisse d'un restaurant raffiné - canard laqué pékinois par exemple; ou d'une petite cantine à l'hygiène douteuse, où le cuistot fume en sautant les nouilles. Il est très habituel, à l'issue du repas, de demander 打包 (dabao), littéralement: faire un paquet*.

Même lorsqu'il s'agit d'occasions spéciales: dans ces cas là, de très nombreux plats sont généralement commandés, toujours plus que la nourriture qui sera effectivemment consommée, l'abondance de plats est signe d'opulence et de fête, une réunion festive est, quasiment, inenvisageable sans surplus. NB: en Chine, l'assiette personnelle n'existe pas: chez soi, au restaurant, on raisonne par plats "collectifs", amenés au centre de la table. Un bol de riz blanc et une petite coupelle vide sont amenés, et chacun se sert dans le plat directement avec ses baguettes, la coupelle ou le bol de riz servent de hub à la nourriture.

Il y a de fortes chances que la vieille femme, là-dessous, n'ai pas eu beaucoup d'occasions de demander un da bao. Etonnant, pour une mendiante. Croisée autour du temple des Lamas, un tiède après-midi d'hiver. Ouvertement estival, qui à défaut de puer, sent le réchauffement (climatique...?) à plein nez. La troupe rentrait d'un restaurant coréen qui l'avait laissée plus que rassasiée, et le doggy bag de coutume avait été demandé. Mais un paquet, ce n'est pas vraiment l'idéal pour faire le touriste et prendre des photos...



Temple des Lamas, Avril 2009


Alors, autant faire d'une pierre deux coups, et plutôt que de donner le doggy bag à une poubelle, le donner à une mendiante, cf supra. A regarder supra de plus près, il y aura comme un hic: il y a en bas à gauche, une petite boîte blanche, de celles qui sont utilisées pour les da bao. La vieille qui fait le crapaud sur sa marche semble, elle, tenir un sac plastique vide, son oeil qui regarde dans le vague. Oui, elle a fait ça... C'était de la bonne nourriture, pourtant: pas de langue de yak gélatineuse, pas de grenouille-taureau cartilagineuse, juste des nouilles sautées aux légumes, de la viande grillée. Mais non, ça ne lui allait pas, si seulement on avait pu savoir pourquoi.

Le porteur du doggy bag lui ayant remis le paquet en question, le petit bout de vieille l'a ouvert, puis a ouvert la boîte blanche, et a reniflé la nourriture, a porté quelque chose à sa bouche, pour le mordiller à moitié. Puis, posément, elle a lâché la substance en cours de mordillage, plif par terre. La petite boîte blanche a subi un sort similaire, jetée juste en bas à gauche de la photo.

Et puis, la petite vieille imperturbable a soigneusement gardé le sac en plastique.

L'inexpression de son visage n'a pas frémit un seul instant.


*Trois exceptions, peut-être, à cet usage: - les McDos & autres joyeusetés fastfoodiques, - les western style restaurants - généralement les portions ne sont pas vraiment abondantes, il y a peu matière à restes. Et la douloureuse, que l'on sait de toutes façons bien plus élevée que la moyenne, n'engage pas à "se lâcher" sur le nombre de plats commandés - les buffets "à volonté", qui sont, en Chine, vraiment à volonté. Une débauche de plats typés suivant les restaurants (grec, teppanyaki japonais, pseudo-brésilien...) Le concept ne s'étend tout de même pas au doggy bag, il ne faut pas abuser. Non mais.

lundi 23 mars 2009

Pamphlet

Pause déjeuner au bureau, migration vers les restaurants. Pour nous, cette fois, un japonais, bon, chic, cher, et très fréquenté. Hommes d'affaires étrangers, ou chinois au porteufeuille bien garni, expats ... La clientèle est fournie et peu diversifiée, les maki sushis thon-mangue délicieux.

L'addition réglée, la monnaie se fait désirer. Mais fini par arriver, entre les mains attentionnées, presque obséquieuses du serveur.

Petite précision, dans les restaurants de catégorie supérieure à la moyenne, le personnel est parfois tellement zélé dans son service, que ç'en est dérangeant. Difficile de ne pas se sentir mal à l'aise, par exemple, lorsque dans ces toilettes trop souvent démesurés, la servante, euh, l'agente de nettoyage reste tout le temps derrière ou à côté de vous, en stand by de vos gestes, du moindre signe qui exprimerait un désir/besoin.

Si vous avez des traits exotiques, en plus de sa présence dans votre dos, vous sentirez son regard plus ou moins discret parcourir vos traits, votre peau à la teinte inhabituelle, vos grands yeux, votre nez haut et long. Description générique de l'étranger dans le regard des chinois.

Elle prépare déjà l'essuie-mains, que, à peine l'eau du robinet éteinte, elle vous tendra très prestement. Elle passe ses journées entières dans ce lieu qui fait au moins quatre fois la taille de son logement, à tirer des feuillets de papier, tenir la porte, replier en pointe le petit bout de papier hygiénique qui dépasse, veiller à ce que les cuvettes soient baissées. Avec le temps on s'habitue à faire comme si, rien de plus normal.

Retour à l'addition. Parmi les billets de la monnaie, un yuan, tatoué d'un pamphlet.



Les caractères sont, semble-t-il, imprimés sur le billet lui-même. Grande échelle ou imprimante standard?

"L'heure est venue de se retirer du PC
Se lier (mot-à-mot, enterrer) à lui est vraiment mal
Quittez au plus vite les factions du PC
Pour que quand le jour du désastre arrive vous soyez en sécurité"

vendredi 27 février 2009

Mobilier urbain

Quelque part en Chine.


Pékin, sud-est de la Cité Interdite, un quartier de hutongs, février 2009.


Ailleurs, en France, du similaire.

John se demandait souvent ce que l'homme espérait ici. Il restait assis pendant des heures, sale et imbibé de misère, ses bras tendus affaissés sur les genoux, recroquevillé sur le bitume du trottoir comme un mouchoir morveux jeté au sol, crasseux mais biodégradable. Immobile sous l'indifférence des gens. Seuls ses yeux bougeaient, sans cesse, lentement, par à-coups. Comme perdus en plein milieu de nulle part, sur cette face hideuse des ravages passés par là. Le cramoisi des vaisseaux sanguins éclatés par l'alcool, les rigoles du sel amer de la souffrance, la morsure craquelante du froid, les rides profondes creusées par les équations insolubles de la pauvreté... Et par dessus tout cela, le glacis grisâtre de ce voile de poussière et de pollution, celui des objets urbains, des objets de rue.

Ses yeux, au milieu, grands, noirs, dont le blanc contraste terriblement avec le sombre de la peau, troublée comme la palette de quelque peintre de folie. Ils sont à l'affût. Toujours. C'est même devenu un réflexe, et maintenant, les yeux de l'homme guettent sans qu'il en ait vraiment conscience. Ils guettent un regard, un regard qui vienne croiser leur quête, un regard pour demander une pièce. Mais surtout, un regard pour leur montrer qu'ils existent, que l'homme existe. Un regard haineux pourquoi pas, un regard de haut même, ou un regard qui dit qu' est - ce - que - t'attends - pour - crever - je - te - crache - à - la - gueule - espèce- de - raclure- d'humanité - saloperie - de - vermine - t'as - qu'à - bosser.

Du moment que ce serait un regard qui se porterait sur l'homme autrement que sur une borne à incendie, un parcmètre, ou quelqu'objet tout droit sorti de l'imagination d'un designer urbain aux goûts douteux. Parce que l'immense majorité des regards qui passent là glissent sur lui.

Il n'a pas les mots pour penser. Les aurait-ils, qu'il penserait probablement que le regard d'autrui glisse sur son être comme s'il était extra-fin, extra-lubrifié, complémentaire parfait de l'indifférence ambiante. Mais justement, il n'a pas les mots pour penser : au mieux essaie-t-il de s'attaquer aux politiciens à grands coups de stéréotypes, "le système" comme il dit. Il est simple, d'une simplicité veule et abjecte aux yeux ordinaires. On dirait presque plus un animal, asservi par les nécessités propres à cette espèce d'un genre nouveau: trouver quelques pièces, boire de l'alcool, manger, boire beaucoup d'alcool. Essayer d'oublier, se traîner, ramper, se laisser couler d'un jour à l'autre comme une poupée de chiffon.

Et pourtant, se dit John, de jour comme de nuit, il y en a tellement de gens, qui viennent juste à côté de cet homme esseulé qui fait la manche. Mais bon, ils ne viennent pas là pour l'homme. Ils viennent voir le distributeur de billets. Et quel succès. Plus encore que la jolie petite pute deux rues plus loin. Onctueusement, la carte pénètre dans la petite fente. Sur le qui-vive, le détenteur de la carte insérée pianote les 4 bips rituels, petite mélodie invocatoire que chacun fait sonner à sa manière. Puis 15 secondes d'attente, le traditionnel soupçon de doute qui susurre intérieurement: "et si, et si". Puis le tuuuut tuuuut tuuut pressant qui annonce la fin de la transaction. Rapidement, la personne s'éloigne, et déjà une autre entame la cérémonie.


James Bond est partout.
Wuhan - Novembre 2008


L'homme à côté continue de faire l'objet. Une pièce tombe si rarement. Il reste pourtant là. À se demander s'il n'est pas tout simplement con.

John arrête ses divagations un instant. Il a senti un alléchant fumet qui lui rappelle que l'heure du diner approche. Il a faim, son regard bleu se rétréci.

jeudi 1 janvier 2009

Vous verrez les poisons frétiller



Premier janvier 2009. La Banque Mondiale publie un rapport sur l'état des ressources en eau en Chine: Addressing China's water scarcity : recommendations for selected water resource management issues.

Aperçu "flippant". Effrayant d'inconnues: une équation quotidienne dont personne ne connait la teneur, et qui régit pourtant le quotidien de tous les êtres, humains ou pas, qui vivent en Chine. Pour les pressés ou paresseux, une synthèse d'amateur, . Pour les autres, le rapport qui gagne à être lu, ici.

C'est qu'en Chine, l'eau du robinet n'est pas potable. Trop chargée en éléments polluants, chimiques ou biologiques. Et elle est terriblement peu chère: le prix de l'eau destinée à un usage domestique est inférieur au coût même de production de l'eau - figures éloquentes en page 85 du rapport en question. L'histoire se répète dans le cas de l'eau destinée à un usage aux industries. Du coup, l'amélioration, l'extension, l'entretien même des réseaux d'approvisionnement et autres infrastructures est impossible. Les canalisations doivent être dans un piètre état, en tout cas celles que l'on voit: rongées par la rouille, des souillures suspectes qui gangrènent les joints, de l'eau qui suinte, dont on préfère ne pas connaître la composition.

Pourtant, une fois bouillie, on la boit partout: dans les dispenseurs d'eau bouillante/bouillie des hôtels, résidences étudiantes, dans les restaurants, dans les bouilloires des foyers. Les privilégiés et certains lieux publics sont équipés de fontaines à eau - la plupart du temps, deux marques principales se disputent la part du lion de ce marche: Nestlé, ou Yanjing, initialement une brasserie de bière pékinoise qui a fructeusement diversifié son activité.

Et comme tous les ruisseaux mènent à la mer, toutes les eaux passent un jour ou l'autre par les assiettes et les verres... sachant qu'en 2006, d'après le rapport de la Banque Mondiale, sur la quantité totale d'eaux usées (usages industriel et municipal confondus, soit 53,7 milliards de tonnes) rejetées dans la nature, seuls 56% ont subi une "forme de traitement". Malgré l'augmentation constante du taux de traitement des eaux usées, une quantité énorme est encore lâchée dans la nature sans autre forme de procès... Au final, mieux vaut ne pas y penser, en espérant que le temps passé à s'imbiber des produits et substances les plus divers sera assez court pour un impact minimal sur notre organisme.


Qingdao, Novembre 2008. A même le sol, le futur plat du jour...

Pour ces raisons aqueuses, vivre en Chine, c'est oublier de se méfier de l'eau douce, en respectant une double règle d'or ultime. Ne jamais boire l'eau du robinet, et toujours bouillir l'eau du robinet avant de la boire. Héhé.

Et les poissons? Ils frétillent, et les poisons dedans avec. Plus ou moins gaiement, suivant la densité de population des aquariums et les soins des heureux propriétaires. En Chine comme dans d'autres pays d'Asie, il est coutume et gage de fraîcheur d'acheter les poissons vivants. Sur les marchés, les espaces consacrés à la poisonnerie -ooops, poissonnerie- sont peuplés d'aquariums, surpeuplés de poissons d'eau douce.

Les poissons d'eau salée, comme ceux visibles ci-dessus, ne peuvent être maintenus en vie, et circulent morts sur le marché alimentaire. Provenance inconnue, souvent. Le marchand interrogé répond pour répondre, un endroit, une zone, quelque part, "le nord de l'Europe", par exemple, pour un saumon acheté congelé, au chaînon final d'une chaîne du froid invérifiable.

Dans les restaurants, le flou sur la provenance des bêtes est atténué. Point positif, supplémentaire, les bêtes en questions sont encore en vie. Une fois le plat poissonneux sélectionné, le serveur amène, plus ou moins cérémonieusement suivant le standing du restaurant, un seau, et dedans un poisson agité de soubresauts, à l'asphyxie. Les convives valident alors l'animal qui repart, cette fois en cuisine.