Premier janvier 2009. La Banque Mondiale publie un rapport sur l'état des ressources en eau en Chine: Addressing China's water scarcity : recommendations for selected water resource management issues.
Aperçu "flippant". Effrayant d'inconnues: une équation quotidienne dont personne ne connait la teneur, et qui régit pourtant le quotidien de tous les êtres, humains ou pas, qui vivent en Chine. Pour les pressés ou paresseux, une synthèse d'amateur, là. Pour les autres, le rapport qui gagne à être lu, ici.
C'est qu'en Chine, l'eau du robinet n'est pas potable. Trop chargée en éléments polluants, chimiques ou biologiques. Et elle est terriblement peu chère: le prix de l'eau destinée à un usage domestique est inférieur au coût même de production de l'eau - figures éloquentes en page 85 du rapport en question. L'histoire se répète dans le cas de l'eau destinée à un usage aux industries. Du coup, l'amélioration, l'extension, l'entretien même des réseaux d'approvisionnement et autres infrastructures est impossible. Les canalisations doivent être dans un piètre état, en tout cas celles que l'on voit: rongées par la rouille, des souillures suspectes qui gangrènent les joints, de l'eau qui suinte, dont on préfère ne pas connaître la composition.
Pourtant, une fois bouillie, on la boit partout: dans les dispenseurs d'eau bouillante/bouillie des hôtels, résidences étudiantes, dans les restaurants, dans les bouilloires des foyers. Les privilégiés et certains lieux publics sont équipés de fontaines à eau - la plupart du temps, deux marques principales se disputent la part du lion de ce marche: Nestlé, ou Yanjing, initialement une brasserie de bière pékinoise qui a fructeusement diversifié son activité.
Et comme tous les ruisseaux mènent à la mer, toutes les eaux passent un jour ou l'autre par les assiettes et les verres... sachant qu'en 2006, d'après le rapport de la Banque Mondiale, sur la quantité totale d'eaux usées (usages industriel et municipal confondus, soit 53,7 milliards de tonnes) rejetées dans la nature, seuls 56% ont subi une "forme de traitement". Malgré l'augmentation constante du taux de traitement des eaux usées, une quantité énorme est encore lâchée dans la nature sans autre forme de procès... Au final, mieux vaut ne pas y penser, en espérant que le temps passé à s'imbiber des produits et substances les plus divers sera assez court pour un impact minimal sur notre organisme.
Pour ces raisons aqueuses, vivre en Chine, c'est oublier de se méfier de l'eau douce, en respectant une double règle d'or ultime. Ne jamais boire l'eau du robinet, et toujours bouillir l'eau du robinet avant de la boire. Héhé.
Et les poissons? Ils frétillent, et les poisons dedans avec. Plus ou moins gaiement, suivant la densité de population des aquariums et les soins des heureux propriétaires. En Chine comme dans d'autres pays d'Asie, il est coutume et gage de fraîcheur d'acheter les poissons vivants. Sur les marchés, les espaces consacrés à la poisonnerie -ooops, poissonnerie- sont peuplés d'aquariums, surpeuplés de poissons d'eau douce.
Les poissons d'eau salée, comme ceux visibles ci-dessus, ne peuvent être maintenus en vie, et circulent morts sur le marché alimentaire. Provenance inconnue, souvent. Le marchand interrogé répond pour répondre, un endroit, une zone, quelque part, "le nord de l'Europe", par exemple, pour un saumon acheté congelé, au chaînon final d'une chaîne du froid invérifiable.
Dans les restaurants, le flou sur la provenance des bêtes est atténué. Point positif, supplémentaire, les bêtes en questions sont encore en vie. Une fois le plat poissonneux sélectionné, le serveur amène, plus ou moins cérémonieusement suivant le standing du restaurant, un seau, et dedans un poisson agité de soubresauts, à l'asphyxie. Les convives valident alors l'animal qui repart, cette fois en cuisine.